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Chronique : La Mort parle tout bas
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8 votes
Illustration de couverture Aurélien Police
auteur Brigitte Coppin
Maison d'édition SCRINEO éditions
N° ISBN9782367403656
EditeurScrinéo
Pages256
Parution2015-10-08
TypeRoman

Si l’on entend la mort parler tout bas, c’est qu’il est déjà trop tard...

Brigitte Coppin adore l’Histoire, en particulier le Moyen Âge et le temps des Grandes Découvertes. Une passion qu’elle partage à travers ses nombreux livres – plus d’une centaine ! – où elle ressuscite aussi bien les pirates que les navigateurs de la Renaissance quand elle ne nous fait pas découvrir la vie au Moyen Âge. Avec La Mort parle tout bas, Brigitte Coppin conjugue son amour pour la Bretagne avec les fastes de la cour royale en val de Loire, tout en nous dévoilant les mystères d’un pays lointain, le Brésil. 


En ce printemps 1524, alors que la France se prépare à la guerre contre l’Espagne, la mort frappe la cour de François 1er. Les victimes qui tombent les unes après les autres portent toutes la marque d’un même tueur : une étrange blessure à la nuque cernée d’une tache noire… Un poison redoutable, foudroyant et silencieux que seuls connaissent Jeanne de Langallec, tout juste de retour du Brésil, et Hervé de Coëtmelen, son amour qu’elle croit avoir perdu. Mais elle ne peut croire que son amant soit le coupable. Alors quand Antoine de Rieux, son bienfaiteur, l’emmène à la cour de François 1er, elle y voit là l’occasion de découvrir le véritable coupable… et peut-être y retrouver son tendre et cher amour. Mais plus elle s’approche de la vérité, plus la mort se rapproche...


Une plume maîtrisée mais une narration lisse 


La plume de Brigitte Coppin est agréable, fluide et simple. L’écriture est indéniablement maîtrisée, le vocabulaire et le ton sont à la fois accessibles et en accord avec l’époque. L’attitude des personnages respecte également leur rang social. Le cadre historique est, quant à lui, bien représenté : l’auteur connaît parfaitement son sujet, et la vie à la cour n’aura plus de secret pour le lecteur ! Les quelques notes de bas de page apportent des informations historiques intéressantes. Le lecteur y apprendra par exemple que François 1er mesurait 1,92 m. Et l’annexe finale permet d’approfondir ses connaissances historiques de l’époque : guerres d’Italie, sorcellerie, médecine, poison, produits du Nouveau Monde… L’auteur nous offre ainsi l’occasion de mieux cerner la Renaissance, ce qui fait de La Mort parle tout bas un roman divertissant et ludique très appréciable.


Toutefois, l’illusion narrative a du mal à opérer par moment, d’autant que les voix des personnages ne se démarquent pas suffisamment les unes des autres. Le lecteur aura peut-être plus l’impression d’assister à la scène que de la vivre, d’en faire partie. Cette impression s’explique notamment par les alternances de points de vue qui ne permettent pas complètement au lecteur de connaître les personnages, de s’attacher à eux et, de fait, de craindre pour leur vie, mais aussi de partager pleinement avec eux leurs émotions, de les ressentir. La peur que ressent l’héroïne face aux morts qui s’enchaînent, ses doutes et son amour pour Hervé de Coëtmelen auraient pu être encore plus approfondi, plus appuyé. Cela est quelque peu dommage dans la mesure où ce récit joue clairement sur le suspense, avec la menace de la mort, et la romance. Mais cette impression change toutefois lorsque l’héroïne est directement menacée et échappe de peu à la mort : le lecteur, sorti de sa torpeur, ressent alors pleinement le danger !


Des personnages inégaux


L’héroïne Jeanne de Langallec est forte et déterminée : elle n’hésite pas à aller contre l’étiquette que lui impose son rang en osant se faire l’égal des hommes. Et elle n’hésite pas à aller au-devant du danger pour découvrir la vérité ! Mais, alors qu’elle fait forte impression au début du récit, elle semble s’effacer peu à peu. Son passé, narré dans Les Yeux du Jaguar et rappelé au début de ce récit, semble même plus palpitant que son présent ! On apprend ainsi qu’elle avait fui un mariage arrangé par son père sous les habits d’une mendiante, qu’elle fut pourchassée par les villageois qui la prenaient pour une sorcière, et qu’elle s’était embarquée clandestinement pour le Brésil sur le bateau d’Hervé de Coëtelmen. De retour en France, après une traversée éprouvante sous le déguisement d’un jeune matelot, elle n’est finalement plus que la jeune femme qui tente de découvrir le meurtrier pour écarter tout soupçon sur l’homme qu’elle aime et qu’elle veut retrouver. Et ce alors qu’il n’a pas hésité à la laisser au Brésil sans lui donner aucun signe de vie, et qu’il a été vu chez son père le soir de sa mort, deux mois plus tôt. Pour le lecteur qui n’a pas lu Les yeux du Jaguar, le précédent titre de Brigitte Coppin, il est donc difficile de comprendre pourquoi elle tente de protéger Hervé que tout accable. Est-il sincère quand il avoue vouloir retrouver la femme qu’il aime ? Le lecteur en sait trop peu sur lui, et la relation amoureuse n’est pas suffisamment approfondie.


Eldemir, le bouffon du roi, est lui le personnage le plus marquant et le plus intéressant. Il est celui qui a le plus de profondeur grâce à son rôle, et qui apporte de la texture au récit grâce à ses déguisements, ses facéties et son petit chiot caché dans sa manche. C’est le personnage qu’on apprécie pour sa désinvolture.
Quant aux personnages secondaires, ils manquent malheureusement de profondeur : leur caractère reste stéréotypé.


Des choix narratifs parfois discutables


Le choix des victimes est peu pertinent : le chien du roi, le danseur du roi… D’une part, même si elles gravitent autour du roi, ce dernier ne fait que de rares apparitions dans le récit et, d’autre part, elles ne sont en rien liées à l’héroïne : il aurait été plus judicieux de choisir des victimes importantes pour la stabilité du royaume comme le général du roi. Il manque donc une certaine dose de tension dramatique, et le parti pris de Brigitte Coppin de dévoiler l’identité de l’assassin au seul lecteur provoque une petite baisse d’intérêt. En effet, les investigations de Jeanne de Langallec pour le démasquer, même si elles sont plutôt bien menées, ne tiennent pas spécifiquement en haleine. Quant aux rebondissements, ils sont peu nombreux et auraient gagné à être plus palpitants. Il faut également noter quelques choix narratifs un peu grossiers. Pour exemple, alors que Jeanne s’exclame devant Antoine de Rieux qu’elle veut assister à une autopsie, celui-ci, choqué, lui rappelle qu’elle est une femme. Pourtant, l’instant d’après, c’est avec la plus grande crédulité qu’il lui révèle le lieu de l’autopsie quand elle l’interroge avec candeur à ce propos. La ficelle est plus que grossière et on se demande bien comment Antoine de Rieux a pu tomber dans le piège ! Aussi, alors que l’objectif de l’assassin, révélé au chapitre 13, est de faire accuser de meurtre l’un des hommes du roi, ce dernier est mis hors de cause au chapitre 12, car il n’était pas présent au moment des faits. Une erreur grossière de la part de l’assassin qui discrédite ses qualités d’espion dont il se vante, et affaiblit l’intrigue : pour le lecteur, les seules questions en attente d’une réponse sont : quand Jeanne découvrira l’assassin ? qui a tué son père ? quand retrouvera-t-elle son amour perdu ? Le récit aurait donc gagné en force et en intérêt si l’auteur avait joué à fond sur le complot à l’encontre du dit personnage, ou sur sa potentielle culpabilité pour mieux surprendre le lecteur.

Bien qu’il soit dommage que le récit n’emporte pas totalement le lecteur, La Mort parle tout bas est une lecture appréciable pour son cadre historique et son héroïne qui prend en main son destin.


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