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Interview 2018 : Chloé Mary pour les collections Polynies
A la Une
illustratrice Léonore Sabrier
illustratrice Adrienne Sabrier
auteur Gilles Barraqué
Illustrateur Cédric Philippe
illustratrice Camille Jourdy
auteur Émile Cucherousset
Directrice de collection Chloé Mary
auteur Sigrid Baffert
illustratrice Hélène Rajcak
auteur Audren
Pour les6 à 11 ans

Rencontre avec Chloé Mary et les éditions MeMo pour découvrir leur nouvelle collection de romans. Bienvenue en Polynies !

Mes Premières Lectures : Bonjour Chloé et merci de répondre à nos questions. Pourriez-vous, pour commencer, vous présenter ainsi que les éditions MeMo à nos lecteurs ?

Chloé Mary : Les éditions MeMo publient des albums depuis vingt-cinq ans. A l’origine, leurs publications ne concernaient pas la littérature de jeunesse, ils ont édité entre autres une revue de poésie Quaderno et un ouvrage Indienne de traite à Nantes, des livres d’artistes, de Remy Charlip, de Vladimir Lebedev ou encore de Lisa Bresner. C’est un vrai éditeur d’images, attaché aux artistes du passé et engagé dans la découverte, Mélanie Rutten, Anne Crausaz, Jeanne Macaigne, Maurice Sendak, Ghislaine Herbera, Isaure Fouquet…

Travaillant dans l’édition et avec les auteurs depuis vingt ans, je m’intéresse à leur voix, à l’usage qu’ils en font pour écouter les bruits du monde ou à la façon dont ils s’écartent également d’un trop grand bruit pour murmurer, à ce que la voix transporte et provoque, à la manière de la faire résonner dans un roman pour enfants ou pour adolescents.

Mes Premières Lectures : « Une polynie est un espace libre dans la banquise, une sorte d’oasis aquatique, pleine de vie. »

Comment les trois collections Polynies (Petite PolyniePolynie Grande Polynie) ont-elles vu le jour chez MeMo ? Quelles sont leurs lignes éditoriales ? A partir de quel âge les conseillez-vous ?

Chloé Mary : Ces collections de romans sont nées de l’envie de permettre aux lecteurs des albums de grandir en littératures. Les éditions MeMo les accompagnaient jusqu’au moment où ils pouvaient commencer à lire seuls. Pourquoi soudain alors les abandonner, pourquoi ne pas les suivre au fil des années. Nous nous sommes rencontrés et comme nos pourquoi ne cessaient de se multiplier, pour les faire taire, les Polynies ont été créées. Nous sommes alors passés du pourquoi au comment. Ce qui a permis de faire entendre des voix romanesques qui m’importent précisément parce qu’elles entrecroisent leurs trajectoires et ne peuvent se réduire à une thématique, une famille, un genre.
 


Ces romans contiennent plusieurs éléments d’intensités dont peuvent faire usage les lecteurs. Ils sont des grands corps vivants, qui révèlent leurs lignes, à l’image de ce qui nous fait en tant qu’individu. Ils ne sont pas un, ils sont plusieurs et ils cherchent à maintenir cette multiplicité, parce qu’ils savent que sinon ça ment ou ça s’écroule. Une jeune auteur m’a dit récemment qu’elle aimait la littérature de jeunesse parce que, lorsqu’elle était réellement littérature, elle parlait des problèmes, petits ou grands, les accueillait d’une manière ou d’une autre. Je crois que c’est aussi ce qui me plait, le fait qu’elle se débatte. Elle fait attention, elle fait place, elle fait débat. Aussi, je pourrais vous répondre que j’en conseille la lecture à tous les âges, pour entendre des formes de vie possibles lorsqu’on est enfants et adolescents, pour revenir à elles en tant qu’adultes.

Mais tout de même : Petite Polynie s’adresse aux lecteurs débutants - parfois accompagnés dans leur lecture-, à partir de l’âge de six ans ; en Polynie les lecteurs à partir de neuf ans sont invités et en Grande Polynie les adolescents à partir de 13 ans. Il s’agit de simples repères, qui sont d’ailleurs nuancés par cette indication « plus ou moins ». Le roman d’Audren La petite épopée des pions est un roman sans âge, une sorte de Discours de la servitude volontaire qui peut être lu également par des adultes. Il n’en est pas autrement du roman de Sigrid Baffert La marche du baoyé, roman de route empruntée par des adultes et des enfants et qui appartient à la Littérature. L’autre caractéristique commune est, en effet, que ces romans embarquent ailleurs, on est chez eux alors, quel que soit son âge, et il s’y passe une aventure et une expérience, dans l’histoire comme dans l’écriture.

Mes Premières Lectures : Intéressons-nous à la collection Petite Polynie et ses deux premiers titres : La petite épopée des pions d’Audren et Cédric Philippe et Truffe et Machin d’Emile Cucherousset et Camille Jourdy. Comment avez-vous découvert et travaillé ces titres ?



Chloé Mary : Vous évoquez la question d’un travail, et il tente d’être un travail d’écoute. Entendre ce qui est écrit ou ne l’est pas encore, ce qui est murmuré, prêter l’oreille, se demander si là il n’y aurait pas une phrase à poursuivre, une idée, un morceau d’histoire, entendre les formes latentes, les mettre au travail, repartir, réécouter. Etc. C’est ainsi que nous nous parlons.

C’est un désir entêté, résistant, qui a permis la naissance de La petite épopée des pions. Audren portait en elle l’envie de proposer une histoire mettant en scène des pions, semblables à ceux qu’elle observait enfant pendant des heures en leur prêtant vie. Le bois de ses personnages se heurtait à l’obstacle éditorial d’une prétendue crédibilité narrative et d’une identification impossible. Alors cette histoire est restée dans un tiroir, jusqu’au moment où nous avons décidé de faire entendre le trot galopant, comme elle le caractérise justement elle-même, de cette épopée des Sasha. Donner des frissons à un pion en bois, le faire vivre, Cédric Philippe a déroulé avec son talent d’auteur, d’illustrateur et de lecteur l’existence de ses pions soudainement habités par la question de la désobéissance. Il a travaillé l’illustration dans un rapport de signifiant-signifié extrêmement juste. Il a inventé une forme également, avec ses traits d’esprit comme cette phrase répétée inlassablement par Sasha le héros pour raconter ses expériences « C’était humide et froid ». Une voix dans une forme, il s’agit là d’une rencontre absolue.

Truffe et Machin est également de l’ordre de la rencontre, drôle, inventive, nourrie par l’un et l’autre, en l’occurrence Emile Cucherousset et Camille Jourdy, mais aussi Truffe et Machin, ces frères lapins sans repos. Il me semble qu’ils se sont mis en cercle tous les quatre et que l’un après l’autre ils ont décidé de déposer dans leur dos un morceau d’histoire. Et ils ont couru. Ils se sont empressés de ne jamais nous ennuyer.
 


Mes Premières Lectures :
Quels sont les prochains titres Polynies que les lecteurs pourront découvrir ?

Chloé Mary : Gilles Barraqué est un musicien-écrivain, il aime, entre autres, à réinterpréter les grands mythes littéraires en proposant des variations à partir de leurs figures. En mai, il propose avec Vendredi ou les autres jours de réunir sur une île, Robinson, Vendredi, qui ont trouvé leur manière de vivre aux variations très musicales, préparations culinaires à longueur de journée, alcoolisation qui va avec, jeux de crabe-cailloux et de courses de cafard, disputes sur celui qui ira occire l’animal du repas ou sur celui qui a fini les oreilles de cochon grillées, cette « belle vie » parfois perturbée par l’intrusion d’une bande de cannibales ou d’une troupe de lions de mer venue s’échouer outrageusement sur leur plage. Tout est alors rapport à l’autre, au monde, à soi, et à la littérature, sur un mode drôle, d’élégance drolatique, qui pose la question du sens d’une existence et des formes multiples à prendre, pour trouver cette belle vie, l’os où elle réside.
 



Un peu avant, en mars, La marche du baoyé verra le jour en Polynie. J’évoquais tout à l’heure la question de faire place et La marche du baoyé de Sigrid Baffert fait place à tous les égards et en premier lieu à ceux qui n’ont plus de terre. En son origine même, ce roman a fait place à la colère, face à un monde qui répétait le choix du saccage, de la destruction et de l’indifférence, et qui présentait un noyau intenable. Comme Sigrid Baffert le dit elle-même, la « Trumperie », la montée des extrêmes en France et en Europe, ce qui est appelé « drame des migrants » l’ont conduite à écrire cette histoire d’une famille de fermiers Manké embarquée sur une route de désert rouge avec leur dernier baoyé, un arbre aux fruits bleus, gage de leur survie. Sigrid Baffert a inventé une forme narrative et stylistique qui est route, faite de virages, de mots créés, de scansions et de compositions de tonalités les plus diverses, de la plus drôle à la plus tragique. Elle a noué entre elles l’écriture et ces vies en montrant tout ce qu’elles signifient, la violence imposée et la proximité, la familiarité, et donc l’impossible mise à distance. Tiago possède une Boîte à Cris, son issue de secours, une réserve bricolée qui lui permet de réunir ce qui lui monte trop fort à la gorge. On ne déglutit pas, on crie.

C’est aussi ce qui réunit ces textes finalement, ils disent, à leur manière très particulière, qui n’est jamais justement d’être univoque, l’impossibilité d’un laisser faire, faire avec, oreilles et mémoire bouchées, et la nécessité d’inventer, de ressentir et s’insurger, de réagir et de prêter attention, veiller, éveiller.
 

Pour en savoir plus, lisez l’édition des Nouvelles de Polynies et suivez le blog des Nouvelles de Polynies !


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