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Interview Laurent Philibert-Caillat, traducteur littéraire
A la Une
auteur Catherynne M. Valente
Traduction Laurent Philibert-Caillat
Maison d'édition BALIVERNES éditions
Pour lesYabook

Rencontre avec Laurent Philibert-Caillat traducteur de "La Fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains" & "La Fille qui tomba sous Féerie et y mena les festoiements" de Catherynne M. Valente aux éditions Balivernes.

Mes Premières Lectures : Bonjour Laurent, pourriez-vous nous présenter un peu votre parcours et les langues que vous traduisez ?


Laurent Philibert-Caillat : Bonjour Hermine ! Je traduis uniquement de l’anglais vers le français. J’ai fait des études de langue et littérature anglaise, que j’ai interrompues après l’obtention de ma licence. Cela m’a tout de même permis de décrocher un travail de traducteur salarié au sein d’une société de wargames, où j’ai beaucoup appris ; parallèlement, j’ai fait mes premières traductions littéraires en indépendant, en l’occurrence des romans tirés des univers de ces jeux. J’ai développé de bonnes relations avec Mathieu Saintout, l’éditeur de ces ouvrages, et lorsque celui-ci a élargi son catalogue avec les éditions Eclipse (et s’est donc trouvé en mesure de me proposer plus de travail et des livres plus ambitieux), j’ai quitté mon poste pour devenir indépendant à temps plein.


Mes Premières Lectures : Vous avez notamment traduit La Fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains & La Fille qui tomba sous Féerie et y mena les festoiements de Catherynne M. Valente aux éditions Balivernes. Comment se sont passées ces traductions ? Avez-vous été en contact avec l’auteur ?


Laurent Philibert-Caillat : Grâce à internet, les traducteurs peuvent aisément communiquer avec les auteurs afin de livrer un texte aussi fidèle que possible à l’original. En ce qui concerne ces deux ouvrages, j’ai (comme presque à chaque roman) posé quelques questions à l’auteur ; le plus souvent, il s’agit de dissiper un doute sur un détail, parfois de corriger dans la V.F. une petite erreur de la V.O., confirmer que le « redcap  » mentionné à telle page est un lutin et non un oiseau… ce genre de choses. Évidemment, il faut mener ses propres recherches en amont et ne contacter l’auteur qu’en dernier recours, parce que celui-ci a généralement d’autres chats à fouetter (encore que la plupart sont ravis de répondre aux questions de leurs traducteurs) ! Hormis cela, travailler sur cette série est un vrai bonheur : j’aime les contes et les folklores qui l’ont tant inspirée, ainsi que la plume très poétique de Catherynne M. Valente.

 


Mes Premières Lectures : Qu’avez-vous pensé de ces ouvrages à la première lecture en V.O ?


Laurent Philibert-Caillat : Honnêtement, je ne les ai lus qu’au moment de travailler dessus, et ce pour trois raisons : la première étant qu’après avoir traduit Immortel (qui est devenu l’un de mes romans préférés) pour Panini/Eclipse, j’étais prêt à accepter les yeux fermés n’importe quel livre signé Catherynne Valente. Ensuite, je n’avais jamais traduit de roman « jeunesse », et c’était une belle occasion.

 

Enfin, la dernière raison est plus prosaïque : découvrir le texte à mesure qu’on le traduit, avoir envie de savoir ce qui va se passer constitue une excellente motivation les jours où l’on préférerait aller se promener que rester devant son clavier. Bien sûr, cela implique des retours sur ce qu’on a déjà fait, afin de corriger tel ou tel détail à la lumière de ce que l’on sait maintenant, mais c’est de toute façon inévitable, alors… En outre, il me semble qu’être pris dans le texte en tant que lecteur (autant que traducteur) est bon pour, disons, l’inspiration, le côté « artistique » de la traduction.


Mes Premières Lectures : Quelles ont été les difficultés principales de traduction de ce texte ? Et qu’est-ce qui vous a le plus séduit ?


Laurent Philibert-Caillat : Au débotté, ce seraient les allitérations, assonances et autres rimes, qu’il convient de respecter puisque ce sont des éléments essentiels de nombreux contes ; certaines ont été vraiment laborieuses à rendre en français, et je ne peux qu’espérer que ça ne se sente pas (trop) à la lecture. Toutefois, ces difficultés sont autant de défis et font le charme du métier. Quant à ce qui m’a séduit, par où commencer ? La poésie du texte, des descriptions, les personnages, le respect du ton des contes, les néologismes et mots-valises, et le fait que, quand on mélange une jeune héroïne, des fées et beaucoup de magie, il est facile de sombrer dans la mièvrerie et que l’auteur n’y succombe jamais (c’est pourquoi, je pense, ce livre est aussi intéressant pour les petits que pour les grands).


Mes Premières Lectures : Ces deux ouvrages font partie de la sélection 2017 dans la catégorie Roman Jeunesse Etranger du Grand Prix de l’Imaginaire. Le premier tome avait également reçu le prix des Imaginales 2016 et fait partie de la sélection Elbakin 2016 dans la catégorie Meilleur Roman Fantasy Traduit Jeunesse. Cette reconnaissance est-elle importante pour vous ?


Laurent Philibert-Caillat : Très. Un traducteur qui aime son métier s’investit énormément dans son travail et développe des liens affectifs très forts avec les ouvrages qu’il traduit ; savoir que ces livres sont lus et appréciés est donc très gratifiant, et les prix littéraires peuvent contribuer au succès d’un livre (ou le refléter). À un niveau secondaire et plus personnel, c’est également rassurant : si la version française du livre est appréciée, c’est que la traduction est à tout le moins correcte ! Enfin, un prix est aussi une belle récompense pour l’éditeur français, car faire traduire un roman étranger constitue toujours une prise de risque conséquente.


Mes Premières Lectures : Que pensez-vous du métier de traducteur littéraire aujourd’hui ? Du milieu ?


Laurent Philibert-Caillat : Par définition, les traducteurs travaillent isolés mais là encore, internet permet de communiquer avec ses pairs, et d’après ma petite expérience, il existe une bonne ambiance et un réel esprit d’entraide entre traducteurs. Quant au métier dans l’ensemble… Difficile d’émettre un jugement général tant les conditions de travail varient d’un éditeur à l’autre. En ce qui me concerne, je me considère chanceux de pouvoir en vivre depuis près de sept ans, avec certes des hauts et des bas et la conscience que ce métier n’enrichit jamais (matériellement) celui qui l’exerce, mais j’ai bien l’intention de continuer ! D’un point de vue plus global, les choses semblent évoluer dans le bon sens pour les femmes et les hommes de l’ombre que sont les traducteurs, puisque le métier est de plus en plus reconnu et mis en avant par les éditeurs et les médias ; en revanche, les cotisations sociales augmentent régulièrement tandis que, me semble-t-il, le marché du livre n’est pas au mieux de sa forme, ce qui empêche les éditeurs, particulièrement les « indépendants », de faire suivre la rémunération des traducteurs…


Mes Premières Lectures : Quels sont vos prochains projets de traduction ?


Laurent Philibert-Caillat : Je viens de remettre la traduction de mon premier polar « pur » (dénué d’éléments surnaturels, SF ou cyberpunk), une expérience nouvelle et enrichissante. Je travaille actuellement sur un roman très intriguant qui fait la part belle aux personnages, et j’espère bien retourner à Féérie sous peu…


Mes Premières Lectures : Souhaitez-vous rajouter quelque chose ? Retrouvera-t-on Catherynne M. Valente prochainement dans une de vos traductions ?


Laurent Philibert-Caillat : Si tout va bien, le troisième tome des aventures de Septembre sera traduit dans l’année, et je ne peux qu’espérer que d’autres éditeurs français se montreront intéressés par le reste de la déjà imposante bibliographie de Catherynne M. Valente.

 

Merci pour cette interview et ce petit coup de projecteur sur le métier !


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