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Interview d’Elitza Dimitrova, fondatrice et éditrice aux Éditions Élitchka
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Maison d'édition Éditions Élitchka
auteure et éditrice Elitza Dimitrova
Pour lesboutchous

"Des textes poétiques et résolument littéraires, ancrés, qui ne laissent pas indifférent, des textes qui rendent les enfants plus forts, les font réfléchir, leur font découvrir une autre façon de penser et de créer le monde."

Aujourd’hui rencontre avec Elitza Dimitrova pour parler de sa maison d’édition, les éditions Élitchka !

 

Bonjour Elitza, et merci de répondre à nos petites questions !
 

Le plaisir est pour moi !

Mes Premières Lectures : Pour commencer, pouvez-vous présenter un peu la maison d’édition pour nos lecteurs ? Quand et par qui a-t-elle été fondée ?


Elitza Dimitrova : J’ai créé la maison d’éditions ELITCHKA fin 2013 par mes propres moyens. Depuis, elle présente en France des auteurs bulgares et travaille avec des illustrateurs français. Nous faisons de la littérature jeunesse, la littérature la plus responsable, la plus poétique, car elle a vocation à former l’esprit de l’enfant à la beauté et à l’ouvrir au monde (pour paraphraser l’auteure bulgare Kina Kadréva, porteuse du diplôme Andersen de l’IBBY en 1994, que nous allons publier prochainement).

Quelles étaient les raisons pour cette création ? Et pourquoi choisir ce nom ?


ELITCHKA est le fruit d’une réflexion et d’un désir (un peu militant) de présenter en France la littérature jeunesse bulgare, très peu, ou pas du tout, représentée. Je voulais créer un espace de présence durable. La Bulgarie, pays mystérieux de poètes et de conteurs – ça me plairait assez. Telle est ma vision, en tout cas.


Quand je me suis rendu compte que Anguel Karaliitchev, le Andersen de la Bulgarie, n’a pas été réédité en France depuis plus de cinquante ans, je me suis dit qu’il n’y a plus de temps à perdre. Je ne voyais aucune maison s’intéresser de manière durable et systématique aux auteurs jeunesse bulgares. Pour moi, il y avait urgence. Il fallait faire quelque chose, dire au monde quels talents recèle la Bulgarie. Pour info, Karaliitchev obtient le diplôme Andersen de l’IBBY en 1974.


Quant au nom choisi, « Elitchka  » signifie en bulgare « un tout jeune sapin ». C’est un arbre symbolisant la force et la beauté dans la littérature bulgare. Cela correspond à ce que la maison véhicule – des textes poétiques et résolument littéraires, ancrés, qui ne laissent pas indifférent, des textes qui rendent les enfants plus forts, les font réfléchir, leur font découvrir une autre façon de penser et de créer le monde.

La ligne éditoriale des éditions Élitchka est principalement axée autour du patrimoine culturel bulgare n’est-ce pas ? Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?


Oui, Elitchka cherche ses textes dans l’héritage culturel de la Bulgarie et notamment, dans les contes d’auteur – je pense à Anguel Karaliitchev, le Andersen de la Bulgarie, ou à Yordan Yovkov, Elin Pélin (pour les nouvelles) et à tant d’autres auteurs immenses, tous des classiques.

 

Je sélectionne des contes et des récits qui correspondent à la ligne éditoriale de la maison – la liberté, la créativité, le droit de désobéir, l’émancipation. Il s’agit souvent de la mise au jour de textes forts que les maisons bulgares de l’époque socialiste et postsocialiste avaient ignorés pour diverses raisons (généralement pour l’esprit jugé trop créatif ou trop rebelle de leurs auteurs). Ainsi, j’ai publié Une histoire de dragons d’Edvin Sugarev pour la première fois en France, en 2014, avec les illustrations de Sylvie Kromer, alors que le conte avait été écrit dans les années 1980, sans jamais trouver d’éditeur en Bulgarie. Et une auteure comme Kina Kadréva, Diplôme Andersen 1994, a sciemment été mise au ban du monde culturel depuis 1950 et jusqu’à la chute du Mur ; après 1990, elle a écrit surtout des textes à valeur universitaire, mais rarement il y a eu des rééditions de ses contes en livre illustré (pourtant c’est une auteure dont les recueils de contes, riches en images, étaient tirés à des centaines de milliers d’exemplaires !). Les raisons de cette mise au ban ? Une maison d’éditions états-unienne avait demandé les droits pour un de ses textes et le refus de l’auteure de se soumettre aux exigences du Parti lui a valu cet exil intellectuel dont elle a beaucoup souffert.


Ma démarche est donc d’exhumer ce qui a été oublié, de réparer en quelque sorte une injustice commise notamment envers les auteurs ayant écrit pour les enfants ; elle n’est pas fermée aux auteurs contemporains, au contraire, pour peu que leurs œuvres portent les valeurs que ELITCHKA souhaite défendre. Edvin Sugarev fait partie de ces auteurs contemporains, tout comme Stefan Tzanev que je souhaite aussi publier un jour (récemment, une célèbre maison d’éditions bulgare a publié l’intégralité de ses œuvres dans une belle collection). 

Combien de titres jeunesse publiez-vous chaque année ? Recevez-vous beaucoup de manuscrits ?


Je publie 3 à 5 titres par an. Quant aux manuscrits, oui, j’en reçois beaucoup, mais je publie très peu, et surtout, de la littérature bulgare. En revanche, je regarde toujours avec intérêt les books des illustrateurs.

Comment se déroule pour vous la création d’un livre ? Vous partez d’une idée ? D’un auteur ? D’une proposition ?


Pour faire un bon livre, il me faut une belle histoire. Au commencement est toujours le verbe, en bulgare, d’ailleurs. Ensuite, je dois être capable de traduire ce verbe (au sens « mot ») en français, et d’obtenir à l’arrivée un texte aussi beau que son original, un texte porteur d’émotion. Il m’est arrivé de renoncer à publier certains contes car en français, ils avaient perdu leur saveur (les contes avec beaucoup de jeux de mots, beaucoup de rimes, par exemple). Habiller le verbe par des illustrations – cela vient après. Comme je garde systématiquement les books que les illustrateurs m’envoient, je consulte « ma banque de données » à la recherche du trait qui correspondrait le mieux l’histoire que je souhaite publier. Je rencontre l’illustrateur, on parle du projet. Il est indispensable que le courant passe entre nous, qu’on soit sur la même longueur d’ondes ! S’il aime l’histoire, il fait des essais, on établit tous les contrats, on se donne un délai. Parfois, je demande de refaire telle ou telle illustration, ou d’en rajouter une nouvelle, ou un élément décoratif. Cela arrive quand on se retrouve avec peu de place pour le texte sur certaines pages. On fait aussi des épreuves en couleur des images, en amont, ce qui permet de les corriger si besoin. L’auteur a aussi son mot à dire, mais le plus souvent, j’ai carte blanche, tout comme l’illustrateur.

 

Ce qui m’intéresse dans le processus, c’est toute l’ingéniosité de l’artiste à créer en étant libre de choisir ses moyens. On expérimente beaucoup, chez Elitchka, on prend des risques ! Suivent la maquette, toutes les corrections en amont et en aval, le BAT, l’impression. La route peut être longue entre l’idée du livre et l’ouvrage fini. Et voilà, on a notre nouveauté, avec toute l’excitation et tout le bonheur de la voir naître que cela implique !

Quelle est votre actualité ? Quels sont vos projets à venir ?


Le Chat Peintre, le nouveau conte d’Edvin Sugarev, vient de paraître, dessiné par un artiste de Mulhouse, Bearboz. Ce texte est le premier que j’avais lu de Sugarev, il y cinq ans, en fouillant dans les rayonnages d’une bibliothèque virtuelle bulgare, et c’est grâce à lui que je travaille avec ce poète aujourd’hui. C’est un conte sur la liberté d’expression, un Chat qui dessine partout des choses jugées « inexistantes » et qui est condamné à être pendu pour excès d’imagination. Cela ne vous rappelle rien ?

 


 

La Luciole et le Hibou, conte de Karaliitchev, fait aussi partie de nos nouveautés. L’illustratrice Sherley Freudenreich a utilisé une technique insolite pour créer les images, en se servant d’une table lumineuse. Le résultat est très intéressant. Et c’est un conte sur la transmission de la lumière, le courage et l’union.

 


Pour les projets, on sortira bientôt un texte populaire revisité, La Fiancée du vampire, qui est un récit initiatique de femme, inspiré du mythe de Psyché, avec les images de Sylvie Kromer.


Nous finirons l’année avec un recueil de contes autour de la neige et de l’hiver de l’immense Anguel Karaliitchev, dont certains passages sont de vrais poèmes en prose. Les illustrations seront réalisées par Elisabeth K. Hamon (Maritchka et Marie, 2014).


Et on travaille déjà sur deux histoires de Kina Kadréva qui verront le jour début 2017.

Avez-vous un titre coup de cœur que vous voudriez nous présenter ?

 

Oui ! Une histoire de dragons, de Sugarev ! C’est le premier livre publié par Elitchka. Sur la dernière double page, vous voyez la superbe illustration de Sylvie Kromer, Vlad chevauchant son dragon, qui signale la finale en apothéose du conte. Cet envol est aussi celui d’Elitchka.

Où pourrons-nous vous rencontrer et découvrir vos livres dans un avenir proche ? (salon, rencontres, dédicace d’auteurs, ...)


Je participe aux ateliers ouverts de mon association à Mulhouse, les Ustensibles (3 rue du marché, Mulhouse hypercentre, porte bleue en face de la boutique Petit Bateau), les 11 et 12 juin. On y rencontre les artistes (Sylvie Kromer, Fanny Delqué, Audrey Lafranca, Arnaud, Gauthier), et les éditeurs (Médiapop livres et disques, et Elitchka). Il y aura des ateliers d’arts plastiques et de sténopé, et un atelier sur le livre et l’alphabet (que j’anime le 12 juin de 16 h 15 à 17 h 15) ; on peut y voir des œuvres originales. En plus, il y aura crêpes, buvette, concert de musique en soirée. C’est très sympa et très convivial.


Ensuite, je serai à la Fête du livre de Bantzenheim, le 11 septembre. La Fête du livre de Wesserling le 25 septembre. Contrexéville, les 5 et 6 novembre. Au Salon du livre de Colmar les 26 et 27 novembre, et au Salon du livre jeunesse à Montreuil du 30 novembre au 5 décembre. On fera certainement les ateliers ouverts des Ustensibles les 10 et 11 décembre.


Par ailleurs, les planches originales de Conte lent en rouge de Clémence Pollet seront exposées à la bibliothèque Grand’Rue, secteur jeunesse, à Mulhouse, du 10 octobre au 7 novembre. Une autre expo est prévue, de Sherley Freudenreich, autour de La Luciole et le Hibou, au musée de l’Image de Pfaffenhoffen, fin 2016.

 



 

Merci de votre attention, souhaitez-vous rajouter quelque chose pour nos lecteurs ?


Qu’ils développent leur sens critique et qu’ils n’acceptent pas tout ce qu’on leur dit comme monnaie sonnante et trébuchante ! Il faut souvent remettre en question l’ordre établi, douter un peu, et en même temps garder confiance, s’enraciner. Elitchka veut toujours les emmener plus loin que le texte !
 


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