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Interview de Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini (partie 1/2)
A la Une
illustratrice Stéphanie Rubini
auteur Charlotte Bousquet
Parution2014-09-04
Pour lesYabook

Le second titre de la collection Les Graphiques est paru en septembre dernier sous le titre Mots rumeurs, mots cutter aux éditions Gulf Stream après un premier opus sympathique, Rouge Rubis. Voici notre interview de l’auteur et de l’illustratrice.

Yabook : Pourriez-vous tout d’abord vous présenter aux lecteurs de Yabook ?


Charlotte Bousquet : 41 ans. Toutes mes dents. Pas mal de publications - romans, recueils, albums etc. Accro au chocolat (noir), au thé (lapsang souchong) et au café (dans ma tasse au moment où je vous réponds...).


Stéphanie Rubini  : 31 ans, illustratrice et dessinatrice de bd depuis maintenant 5 ans. Je travaille essentiellement pour la presse et l’édition jeunesse. Mais je suis ouverte à toutes sortes de projets. 

 


Yabook : L’idée de Mots rumeurs, mots cutter vous est-elle venue rapidement après la parution de Rouge Tagada ?


Charlotte Bousquet  : En fait, oui. On a commencé à discuter d’une série pendant le découpage du premier, et la thématique est venue assez vite, ainsi que le choix des personnages. On voulait éviter le cliché de la crevette timide qui se fait malmener par ses camarades, et voilà...


Stéphanie Rubini  : Effectivement nous nous sommes remises au travail assez vite, même s’il s’est passé pas mal de temps entre la publication des deux albums. L’idée de la série autour de la photo de classe nous est venue pendant l’élaboration de Rouge Tagada.

 


Yabook : Pourquoi avoir voulu parler de l’humiliation en milieu scolaire au sein de cet ouvrage ?


Charlotte Bousquet  : C’est un thème qui me touche énormément, et dont je voulais parler depuis longtemps, mais je ne savais pas comment. Le rapport au groupe et aux autres, l’exclusion, l’isolement dont on n’arrive pas à sortir dans ces cas-là, l’impuissance des adultes... L’histoire de cette 4ème D, l’idée de travailler avec Stéphanie, ont donné le "la".


Stéphanie Rubini  : Je n’ai pas été victime de telles humiliations au collège, mais je n’étais pas vraiment une élève populaire. J’ai ressenti la violence et l’exclusion à mon égard et à l’égard d’autres camarades bien plus mal lotis que moi. La violence sociale m’intéresse particulièrement, que ce soit chez les ados ou même dans le milieu de l’entreprise par exemple.

On y observe parfois une violence plus policée mais tout aussi dévastatrice.

 

 

 

Yabook : Cette thématique a-t-elle été décidée en fonction d’un véritable phénomène de société ?


Charlotte Bousquet  : Non. Le harcèlement scolaire existe depuis très longtemps, sous de nombreuses formes différentes (idjimé au Japon, bizutages en tous genres, racket, maltraitance, humiliations, etc.). On en parle plus aujourd’hui, parce qu’il est plus visible, et paraît plus violent - il l’est sans doute -, voilà tout. Si on regarde un peu en arrière, on se rend compte qu’on a tous été au moins témoins de cela. Dans Mots rumeurs, on a utilisé la photo qui tourne sur les téléphones et Facebook, parce que c’est l’une des formes que prend le harcèlement aujourd’hui.

Mais c’est juste un moyen qu’utilisent les harceleurs pour humilier Léa. Un moyen parmi d’autres...


Stéphanie Rubini  : Je crois que l’époque n’a rien à voir avec ça. Il suffit de voir ce qu’il se passait à la cour de Versailles par exemple pour réaliser à quel point les rumeurs et les humiliations étaient un sport national. Les petits mots écrits sur la porte des toilettes et le téléphone arabe n’ont pas attendu l’avènement des réseaux sociaux pour démolir certains élèves.

Mais avec internet tout est beaucoup plus rapide.

 


Yabook : Comment avez-vous fait pour travailler ensemble ?


Charlotte Bousquet  : J’ai écrit le texte, plus scénarisé que Rouge tagada, qu’on a adapté et découpé ensemble. Stéphanie a beaucoup travaillé sur la façon dont transcrire la descente aux enfers de Léa, son humiliation...


Stéphanie Rubini  : Nous essayons autant que possible de se voir quelques jours pour découper le scénario et le mettre en scène, en image etc. Sur Mots Rumeurs Mots cutter, la réalisation était encore plus importante que pour Rouge Tagada, parce qu’on y trouve de vraies scènes d’actions.

 

Par exemple, la scène finale dans les toilettes, a été particulièrement difficile à mettre en image.

 


Yabook : Quelle est la technique de dessin que vous utilisez Stéphanie ?


Stéphanie Rubini  : Je dessine mes planches au crayon noir sur une feuille A3 que je scanne. Puis je colorise sur photoshop, les aplats de couleurs ainsi que les traits de crayons. C’est la technique que j’utilise aussi pour les illustrations. Elle permet d’avoir un rendu "fait-main" tout en profitant des couleurs chatoyantes de la colorisation informatique.

 


Yabook : Comment intégrer le texte de telle façon qu’il soit parfaitement adapté à l’image ?


Charlotte Bousquet  : On rabote :) Je crois que c’est plus une question pour toi, Stéphanie.


Stéphanie Rubini  : Oui on coupe beaucoup, mais surtout : il ne faut aucune redondance texte-image. C’est la clé selon moi. On ne peut pas écrire "elle ouvre la porte" et dessiner le personnage ouvrir la porte. Il faut toujours que le texte enrichisse l’image et vice versa.

Quant aux dialogues il faut penser comme un réalisateur de cinéma. Penser aux personnages comme des acteurs afin de rendre le texte vivant.

 


Yabook : Vous êtes-vous basées sur vos propres expériences pour cette histoire ?


Charlotte Bousquet  : Oui. Je garde un souvenir cauchemardesque de mes années de 4eme et 3ème.

 

Harcelée, malheureuse - et spectatrice puisqu’il y avait "pire" que moi. Je ne parlais plus, j’étais recroquevillée sur moi-même - mes parents voyaient que ça n’allait pas, mais j’étais en mode "muette"...

 

Je m’en suis tirée grâce à ma prof de français, qui m’a poussée à faire du théâtre. Des années plus tard, ça fait de la matière pour écrire des histoires !


Stéphanie Rubini  : j’en ai déjà un peu parlé plus haut. Je n’ai pas servi de bouc émissaire comme Léa au collège. Mais j’ai été victimes de violences verbales : mouton (à cause de mes cheveux), intello, mal habillée, moche, boutonneuse. C’est assez classique mais on en ressort marqué.

 

J’ai été témoin de violences beaucoup plus graves sur d’autres élèves de mon école. Des garçons traînés dans la neige, enfermés dans les casiers etc... Difficile d’agir à cet âge où prendre parti pour un bouc émissaire revient à commettre son suicide social.

 

 


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