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Interview de Jean-Claude Marguerite pour son projet Tous lire
A la Une
auteur Jean-Claude Marguerite
Pour lesDu côté des parents

Un projet pour rendre la lecture accessible à TOUS !

Pouvez-vous conter votre parcours aux lecteurs de Mes Premières Lectures ?

À treize ans, j’avais lu treize fois Robin des bois, et presque autant Le dernier des Mohicans ! Ma passion du livre vient de là, de cet émerveillement.

C’est une chance. Une chance véritable pour comprendre le monde et les autres. Encore faut-il pouvoir lire. Dans chaque classe, il se trouve un ou deux élèves reconnus dyslexiques. Et combien qui éprouvent des difficultés à lire parce qu’ils voient mal, qu’ils entendent mal, qu’ils manquent de vocabulaire, ou que leurs troubles d’apprentissages n’ont pas été diagnostiqués ?

En tant que romancier, que lecteur, que parent, mais aussi qu’éditeur, ces chiffres me révoltent. J’ai eu envie de faire quelque chose. Pas seulement pour faciliter l’accès à la lecture aux enfants qui ont du mal à lire, mais pour partager le plaisir de lire.

Je travaille dans l’édition depuis vingt ans, avec un profil de free-lance assez atypique : je suis polyvalent. Pour le compte d’une maison d’édition, je peux adapter une mise en page ou corriger un texte, gérer un planning ou créer une couverture. Bien que j’enseigne aux futurs éditeurs du master pro de Paris 3, je suis autodidacte. C’est-à-dire que je me suis formé en me posant question après question, et, ce faisant, en remettant en cause bien des habitudes, des automatismes.

Quand j’enseigne la typographie, je répercute cette expérience : énoncer une règle ne m’intéresse pas, j’essaie de comprendre pourquoi on l’a adoptée et en quoi il est judicieux de la respecter. C’est là que je mesure à quel point l’on s’adresse toujours au même public, celui des lecteurs aguerris qui guettent ligatures, subjonctifs et digressions comme autant de friandises…



Quelle est votre idée pour faire envie à ceux qui ont du mal avec la lecture ?

Il s’agit davantage d’un faisceau d’idées…

Il y a d’abord un travail très technique sur l’écriture et la mise en pages. J’ai la chance de savoir travailler sur le texte ou sur sa présentation, mais aussi sur les deux conjointement. Par exemple, la ligne devient plus importante que la phrase, chaque fin de ligne doit correspondre à une pause naturelle. Sans être au caractère près, il faut retravailler chacune dans la maquette même. Et la dépouiller de tout artifice, de l’effet de style à la ponctuation.

Ensuite, plutôt que de proposer mes propres histoires, j’ai préféré réécrire les contes traditionnels, ceux qui forment les bases de notre imaginaire littéraire. Je reste fidèle au texte, mais je déconstruis l’histoire pour la restituer selon une chronologie linéaire et dans un style épuré, qui peut même sembler simpliste. C’est là que ma sensibilité de romancier intervient, afin contrebalancer le risque d’un travail systématique : je refuse une rédaction aseptisée, je veux captiver mon lecteur. En fait, je garde toujours à l’esprit cette triple exigence : la lecture doit être fluide, évidente et prenante.

Et puis, il y a le livre en tant que tel. Sa structure, tous les à-côtés du texte. Par exemple, il n’y a plus de page de faux titre, mais, comme pour les pièces de théâtre, une présentation des lieux et personnages.

Je crois que l’apport le plus précieux du numérique, c’est de nous avoir amenés à ne plus regarder un roman sous sa seule forme physique, mais comme un texte que l’on peut organiser et aborder autrement. Il faut repenser le livre…

 

 

Vous avez d’ores et déjà écrit un premier ouvrage que vous souhaitez faire financer, pouvez-vous nous le présenter ?

En fait, je travaille sur deux collections en parallèle. La première sera une série de recueils de contes destinés aux premières lectures. Je diffuse actuellement un recueil, Trois contes, via un formulaire (touslire.wordpress.com/participer/le-test), afin de tester mes choix auprès du plus grand nombre. Dès le premier mois, plus de 200 enseignants, parents, orthophonistes, bibliothécaires et associations de lecture l’ont demandé. Et ça continue.

Un autre projet me tient à cœur, la lecture progressive. Je souhaite proposer trois versions du même conte dans un seul livre, pour inciter à se lancer des défis de lecture, mais aussi préparer ces lecteurs en difficulté à passer du livre adapté au livre conventionnel. Une fois la première version assimilée (histoire, vocabulaire), la deuxième devient plus accessible, bien que plus complexe et plus proche de l’originelle. La troisième ressemble beaucoup au conte tel qu’on le trouve dans le commerce, mais avec un texte dépoussiéré (ces versions ont plus d’un siècle) et une mise en page un peu plus évoluée que les éditions habituelles en gros caractères.

C’est pour préparer cette collection que je viens de lancer un crowdfunding (fr.ulule.com/touslire), car je veux des illustrations spécifiques, réellement adaptées aux difficultés du public visé. Ce qui nécessite finances…

La littérature de l’imaginaire étant le prolongement naturel des contes de fées, des amis écrivains comme Thomas Day, Jean-Philippe Depotte, Jean-Claude Dunyach, Thomas Geha,

Laurent Kloetzer, et aussi Marc Levy, offriront des romans dédicacés aux contributeurs.



Ce concept permet-il a de jeunes lecteurs peu impliqués dans la lecture de la voir de façon différente ?


Les premiers retours vont clairement dans ce sens. Mais si j’ai entrepris un test "grandeur nature", c’est pour éprouver mes choix à la réalité de différentes difficultés. Alors, je ne m’avancerai pas davantage. Il faut du temps. Certaines remarques m’ont déjà amené à des ajustements minimes — mais, pour ces publics, chaque détail compte. C’est globalement très enrichissant. Ce qui m’a surpris, et encouragé, c’est que je reçois des demandes qui débordent du public auquel je pensais m’adresser, adolescents, adultes…



Quels sont vos projets de développement sur le moyen terme ?

“tous lire” est en phase expérimentale. Il y est plus question d’idées que de production, même s’il faut considérer la faisabilité de chaque option. Mais il faut des ressources pour multiplier les essais, les tests. L’édition numérique sera un premier pas. Les besoins en trésorerie sont plus abordables et, surtout, grâce aux mises à jour automatiques et gratuites, le livre peut encore évoluer.

 

Passer au papier sera vite une étape nécessaire, car il faut laisser l’enfant s’approcher du livre en suivant son propre chemin et selon son rythme. Ce serait un contresens de lui imposer un format ! Mais l’économie et la logistique ne sont plus les mêmes avec le papier : il faudra faire les bons choix.

Pour l’instant, le plus urgent reste de fédérer des compétences autour du projet, et d’aboutir à un protocole solide.
 


Avez-vous autre chose à ajouter ?


J’ai dédié Le Vaisseau ardent aux enfants des rues. Je ne l’aurais pas écrit si je n’avais pas été porté par un sentiment de révolte vis-à-vis du sort de ces enfants privés d’enfance.

 

J’ai transposé leur condition dans un autre siècle, et leur utopie dans une autre dimension. Je ressens la même indignation quand on me rétorque que les enfants qui ont du mal à lire n’ont qu’à s’adapter.

Comme si leur tendre la main revenait à les dispenser de tout effort !

 

Je souhaite juste leur proposer une aide pour faciliter leurs premiers pas. Sinon, combien vont abandonner en cours de route ? Combien d’enfants allons-nous laisser s’exclure de la lecture ? On ne peut pas négliger le fait qu’un Français sur trois n’ouvre pas un livre dans l’année…

 

Lire ne doit pas rester un privilège.

 

 

 


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