Description logo pour referencement
   
Interview de Laura Nsafou
A la Une
Maison d'édition BiliBok éditions
auteur Laura Nsafou
illustratrice Barbara Brun
Pour lesboutchous

Rencontre avec Laura Nsafou (alias Mrs Roots) pour parler de l’album Comme un million de papillons noirs, aux éditions BiliBok !

Mes Premières Lectures : Bonjour Laura et merci de vous prêter au jeu de l’interview ! Pour commencer, pourriez-vous vous présenter un peu pour nos lecteurs ?


Laura Nsafou : Bonjour. Je suis blogueuse et auteure afroféministe, et depuis 4 ans maintenant je tiens le site internet www.mrsroots.fr. Je m’implique aussi dans pas mal de projets culturels autour des afrodescendants et suis membre de l’association Diversité & Kids, dédiée à la diversité en littérature jeunesse et Young Adult.


Mes Premières Lectures : Vous venez d’écrire le texte de l’album « Comme un million de papillons noirs », en financement participatif sur Ulule, illustré par Barbara Brun et publié par les éditions BiliBok. Pouvez-vous nous présenter ce beau projet et sa genèse ?

 


Laura Nsafou : En fait, il y a trois ans, j’ai écrit un article sur le manque de diversité dans la littérature jeunesse en France, en croisant notamment les témoignages de parents afrodescendants. Aurélie, la fondatrice des éditions Bilibok, m’a contacté à la suite de ce texte et m’a proposé de travailler sur un livre jeunesse tirée d’une citation de Toni Morrison, que j’avais relevé aussi sur Twitter. C’est une auteure que j’admire énormément et dans son roman God Help The Child (Délivrances, dans l’édition fr), elle décrit les cheveux crépus de l’héroïne comme un million de papillons noirs. Du coup, j’ai construit une histoire autour de ce petit bout de phrase, en me basant aussi sur ma propre expérience de petite fille noire en France.


Mes Premières Lectures : Trouvez-vous qu’il y a un manque de représentation et de diversité d’héroïnes ou héros noirs dans la littérature (jeunesse ou non) actuellement ?


Laura Nsafou : C’est plus complexe qu’un manque de représentation dans “la littérature”, c’est vraiment un effacement systématique de nos identités dans un imaginaire littéraire : on trouvera plus facilement un héros noir dans une histoire basée en Afrique et dans la savane, respectant un imaginaire colonial, que l’expérience d’un héros noir en Occident dans une histoire universelle, ou du moins contemporaine. Et quand certains décident de se prêter à l’exercice, il y a systématiquement de l’exotisme, des raccourcis racistes ou des descriptions assez grossières de nos expériences. Aussi, l’édition française se contente parfois de traduire ce qui se fait aux Etats-Unis pour combler ce manque, plutôt que de soutenir des auteurs sensibles à ces questions.


Mes Premières Lectures : Quelles ont été vos sources d’inspirations pour imaginer l’histoire de votre personnage Adé ? Votre vécu est-il proche de celui de cette petite fille ?

 


Laura Nsafou : Très certainement, l’histoire d’Adé est tirée de mon vécu : j’ai été moquée pour mon apparence, que ce soit mes cheveux ou mes traits à l’école et, comme elle, je suis rentrée chez moi en demandant à ma mère de défaire ma coiffure. Mais c’est quelque chose de très commun, beaucoup de femmes noires ont vécu la même chose. Les tantes de différentes origines qui accompagnent Adé sont aussi tirées de ma propre expérience, car j’aime l’idée de rappeler que les communautés afros sont multiples, et non un bloc caricatural que l’on revoit “à ce pays qu’est l’Afrique” (rires).


Mes Premières Lectures : Vous citez notamment Toni Morrison et son roman God help the child comme point de départ de cette histoire. Vous souvenez-vous du moment où vous avez découvert Toni Morrison et ses écrits ?


Laura Nsafou : Oui, j’avais 20 ans. Ayant une formation littéraire, son travail a vraiment marqué une rupture avec tous ces ouvrages français où je ne me voyais pas, ou alors avec une littérature francophone qui restait malgré tout lointaine. Elle est la première auteure à m’avoir fait comprendre que des héroïnes ayant les mêmes interrogations que moi, et le même parcours, existaient. Attendre d’avoir vingt ans pour avoir ce sentiment illustre bien le problème des médias actuels, qu’il s’agisse de livres ou de films, d’ailleurs.


Mes Premières Lectures : Un mot sur les illustrations réalisées par Barbara Brun ? Qu’est-ce que cela fait de voir ses personnages prendre corps ainsi ?


Laura Nsafou : C’est assez surréaliste (rires). Barbara a vraiment su capter la relation entre Adé et sa mère, et quel cocon cela représentait dans la construction d’une estime de soi, et de sa confiance. Aussi, il y a eu de vrais échanges sur le fait de changer la narration : le fait de voir une petite fille noire qui n’ait pas des traits européanisés, ou de voir des petites filles avec des carnations ou des longueurs de cheveux différentes, c’était tout aussi important. L’idée étant qu’Adé est une petite fille parmi d’autres, pas un unique modèle.


Mes Premières Lectures : Pouvez-vous nous parler de vos prochains projets ?


Laura Nsafou : Je viens d’achever un manuscrit dans un genre fantastique “décolonial” mêlant croyances et mythes d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale, féminisme et un peu d’histoire. Je suis en train de le réécrire, mais je me suis vraiment éclatée à faire des recherches sur les croyances bantou, vili, wolof et sérère pour créer cet univers. L’histoire se passe au Sénégal, mais pas que. Je ne sais pas encore s’il verra le jour.

Côté livre jeunesse, j’ai déjà l’histoire en tête pour un second livre, mais ne le dites pas à mon éditrice, laissez-la se reposer et préparer la sortie de Comme un million de papillons noirs (rires).


Mes Premières Lectures : Pourra-t-on vous retrouver en dédicace dans les prochaines semaines/mois ?


Laura Nsafou : Je crois que des dates seront annoncées à la rentrée, et également dès la sortie en Octobre.


Mes Premières Lectures : Le mot de la fin ?


Laura Nsafou : Juste, j’aimerais remercier les contributeurs de la campagne qui nous ont fait assez confiance pour nous faire atteindre les 100% en l’espace de six jours, et d’avoir continué à se mobiliser pour atteindre plus de 200 % ; ceux et celles qui n’ont jamais cessé de relayer. Je pense qu’ils sont l’exemple même qu’une littérature ne change pas toute seule : par ses choix, le lecteur est celui qui définit ce qui apparaîtra à la rentrée littéraire, dans les librairies, les CDI et les médiathèques. Il faut vraiment qu’on réussisse à transmettre l’idée d’un lectorat responsable.

Alors, merci encore !

 


 

Merci Laura pour vos réponses et ce beau projet dont vous reparlerons certainement sur Mes Premières Lectures !


modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)

Tous les articles pour

Nord Pas-de-Calais Lorraine Alsace Franche-Comté Provence Alpes Côte d'Azur Languedoc Roussillon Champagne-Ardennes Picardie Haute-Normandie Ile de France Bourgogne Rhône-Alpes Auvergne Midi-Pyrénées Aquitaine Limousin Poitou-Charentes Centre Basse-Normandie Pays de Loire Bretagne Corse

Interview de Laura Nsafou : Mes Premières Lectures