Description logo pour referencement
   
Interview de Tom Moorhouse
A la Une
auteur Michelle Nikly
auteur Tom Moorhouse
Parution0000-00-31
Pour les6 à 11 ans

Interview de l’auteur anglais Tom Moorhouse pour son roman Le Chant de la grande rivière aux éditions Hélium dont le premier tome fut traduit par Michelle Nikly et dont la suite est déjà en cours traduction.

Mes Premières Lectures : Pourriez-vous tout d’abord vous présenter aux lecteurs de Mes Premières Lectures ?

Tom Moorhouse : Bonjour je m’appelle Tom et je vis à Oxford, une ville magnifique où la pluie est autant un leitmotiv qu’une source de bonheur.

Pour le moment, j’ai pour ainsi dire deux occupations, je suis tout d’abord écologiste mais aussi écrivain.

Même si je trouve ces deux métiers formidables et très enthousiasmants, cela veut aussi dire que je passe une grande partie de ma vie devant un écran d’ordinateur. Je viens de publier mon premier roman The River Singers (titre original) et, par un heureux hasard, il vient d’être traduit en français et le sera bientôt également en allemand. La version française du livre est vraiment belle et s’appelle Le Chant de la Grande Rivière [1] (veuillez excuser le manque d’accents, mon français est quelque peu rouillé).
 

Mes Premières Lectures : Pourquoi avoir voulu écrire une histoire tournant autour de campagnols ? Est-ce en rapport avec vos travaux et autres publications à visées scientifiques ?

Tom Moorhouse : Quand j’ai commencé à écrire, je ne me tournais absolument pas vers des histoires animalières.

J’étais un écologiste aspirant à devenir écrivain, mais les histoires que j’imaginais ne parlaient jamais d’animaux. Il aura fallu une éditrice au caractère bien trempé pour me faire réaliser que j’avais à ma disposition un vaste savoir que je n’utilisais pas, et elle m’a affirmé que beaucoup se plairaient à lire des aventures animalières.

Le temps que cette idée fasse son bout de chemin, j’ai compris que cette histoire devait se focaliser sur les campagnols.

C’était l’animal idéal : j’avais passé huit ans à les étudier dans leur habitat naturel, et je savais que leur vie était faite de dangers et de beauté. C’est cet équilibre entre la beauté lyrique et le danger omniprésent que j’ai essayé de mettre en avant dans ce roman. Tout en faisant très attention à ne pas laisser mes recherches empiéter sur mon histoire, car j’estime cette dernière sacrosainte et que c’est ce que les gens veulent lire avant tout. Mon but ultime était de rendre cette histoire merveilleuse et de juger après si les faits scientifiques pouvaient y trouver leur place. Au final, je pense avoir réussi à écrire ce que j’appelle une « aventure écologique » : c’est aussi précis que possible, mais tout en restant divertissant et surprenant.
 

Mes Premières Lectures : Dans quelles parties de votre récit votre savoir sur le mode de vie et les habitudes des campagnols vous a-t-il été utile ?

Tom Moorhouse : Ce savoir m’a été tout particulièrement utile pour les lignes directrices de l’histoire : quatre jeunes campagnols sont la cible d’un nouveau prédateur (le vison) et s’en vont en quête d’un nouveau foyer. Mais surtout j’avais en ma possession tous les détails dont j’avais besoin pour insuffler la Vie à mes personnages et à leurs péripéties.

 

Le fait de savoir que les plantes sont vertes et accueillantes en hauteur mais sombre et froides en-dessous ; que les campagnols femelles se détestent mais qu’elles ont un système leur permettant d’éviter les conflits ; que les campagnols atteignent leur maturité quarante jours seulement après leur naissance ; que tous les prédateurs chassent le campagnol, mais que c’est une créature qui demeure joyeuse et paisible ; sont autant de détails que j’ai essayé d’introduire dans mon histoire.

Ce sont ces derniers qui rendent Le Chant de la rivière et ses personnages si « vivants ». Mon but n’était pas seulement de donner aux lecteurs une aventure, mais aussi de leurs montrer ce qu’un campagnol pourrait ressentir, voir et entendre.
 

Mes Premières Lectures : En combien de tomes avez-vous prévu de faire vivre des aventures à Sylvan et sa famille ?

Tom Moorhouse : Eh bien, je viens tout juste de terminer la suite. Elle s’appelle The Rising et s’intéresse à la progression de Sylvan et certains des membres de sa famille dans les marécages (certains personnages ne reviennent pas dans l’histoire, et j’en ai aussi introduit des nouveaux). Mais je pense que, malheureusement, je ne pourrai pas écrire plus sur les campagnols. Je dois tout d’abord m’assurer qu’il existe une excellente histoire à raconter sur ces créatures avec de ne serait-ce qu’envisager de continuer à écrire sur elles. Mais on ne sait jamais !
 

Mes Premières Lectures : Votre premier roman s’inscrit dans le genre de la fantasy animalière. Avez-vous lu quelques livres de ce sous-genre littéraire ?

Tom Moorhouse : « Fantasy animalière », voilà une expression intéressante que je ne connaissais pas avant.

Je dirais que les anglais voient les livres de fantasy et ceux portant sur les animaux comme deux choses bien distinctes. Nous avons une riche histoire dans le domaine de l’histoire animalière qui trouve ses racines au cœur de notre identité nationale.

 

Les Garennes de Watership Down et Le Vent dans les saules en sont des exemples criant. Dans le premier, l’histoire se concentre sur des lapins, et dans le second elle se concentre sur des taupes, campagnols, crapauds et belettes.

Mais tous ces animaux incarnent tous les valeurs et stéréotypes anglais. Alors qu’au contraire, nous avons tendance à comprendre la fantasy comme étant un phénomène moins terre-à-terre (plein de sorciers et de gobelins, par exemple). Un genre faisant une communion des deux tendrait certainement à heurter nos sensibilités.

 

Cependant, je peux tout à fait comprendre qu’il existe une distinction très nette entre un roman comme celui de Brian Jacques, Rougemuraille, dans lequel les animaux sont très humanisés et portent des armures et se battent à l’épée (ce qui ressemble fort pour moi à de la « fantasy animalière ») et Les Garennes de Watership Down, dans lequel les animaux connaissent bien plus de restrictions (car ils doivent assumer leur rôle de lapins) qui est plus traditionnel.

 

J’aurais tendance à dire que les personnages du Chant de la rivière ressemblent plus à ceux que l’on pourrait trouver dans des histoires animalières traditionnelles : ils se comportent autant que possible comme des campagnols. Bref, pour répondre à votre question : oui, bien entendu, mais il nous faut nous accorder sur la définition de ce genre !
 

Mes Premières Lectures : Auriez-vous envie de faire d’autres écrits du même genre, mais avec d’autres animaux ?

Tom Moorhouse : Pour moi, le plus important n’est pas d’écrire sur des animaux en soi. Pour moi, le plus important est la force de l’histoire et de ses personnages et que le tout s’inscrive dans un univers bien particulier.

 

Donc, si je trouve une idée qui me plaise pour un autre livre animalier, alors oui je la coucherai sur le papier. Mais je me méfie de l’idée d’écrire un certain genre de littérature juste parce qu’on le connaît : je pense que cela donne comme un goût de réchauffé, et cela n’est pas du tout le genre d’auteur que je veux devenir.
 

Mes Premières Lectures : Quelles ont été les circonstances de la traduction française de votre roman ?

Tom Moorhouse : Je n’ai eu un rôle que très mineur, voire inexistant dans la traduction ! Tout ce que je savais était que mon livre allait être traduit, et j’ai chez moi une copie du produit terminé, qui est vraiment très beau.

 

Je l’ai lu au mieux de mes capacités (ça fait des années que je n’ai pas parlé français). C’est un drôle de sentiment que de lire un livre que l’on connaît, mais dans une langue que l’on ne maîtrise pas.

Il s’avère que je peux lire le français, mais seulement si je suis l’auteur de la version anglaise !
 
 
Mes Premières Lectures : Quels sont vos projets en cours et à venir en terme d’écriture ?

Tom Moorhouse : Je suis actuellement en train d’écrire le troisième tome de la série. Celui-ci est pour le moins différent (et ce qui vient est aussi intéressant dans l’optique d’une des questions précédentes sur le fait d’écrire sur d’autres animaux) car dans ce volet nous nous consacrons à l’histoire de Fodur chez les rats, et non pas sur les campagnols. C’est ce que j’aime à appeler une « ratrospective » [3]. (Je souhaite bien du courage au traducteur, pour traduire ce jeu de mot !) J’espère avoir fini mon premier jet d’ici le début de l’année prochaine et pour ce qui est de la suite, j’ai déjà quelques idées, mais rien de réellement concret !
 

Mes Premières Lectures : D’autres choses à ajouter ?

Tom Moorhouse : Un petit « que sais-je » sur les campagnols : Ils ont des glandes sur leurs flancs. Ils laissent leur odeur à des marqueurs territoriaux – appelés des « latrines » – en frottant ces glandes avec leurs pattes arrières et en battant de ces dernières des piles de leurs propres excréments. Cela n’est qu’une seule des diverses raisons pour lesquelles il n’existera jamais de super-héros s’appelant « campagnol-man ».

_______________________________________________________



[1] Note du traducteur : tel quel dans le texte original.

[2] Note du traducteur : Wetted land dans l’interview en anglais - traduction non officielle, par conséquent susceptible de changements.

[3] Note du traducteur : Ici M. Moorhouse a voulu, au travers de ce jeu de mot, piéger le traducteur, ce qui explique sa remarque entre parenthèses



Notes du traducteur :

Chers lecteurs,
Vous aurez compris que Mr. Moorhouse s’est prêté au jeu avec beaucoup d’humour. Et malheureusement, certains de ses traits d’humour ou certaines de ses remarques sur ces futurs projets ne peuvent pas être tous entièrement traduits. C’est pourquoi vous n’aurez pas manqué de repérer trois notes du traducteur.
Dans l’espoir que vous aurez trouvé autant de plaisir à lire cette interview que moi à la traduire. Bien à vous.

Merci à Erwan Devos et Hermine Hémon pour cette superbe traduction !

2 Messages de forum

  • Interview de Tom Moorhouse 27 janvier 2014 10:04, par Michelle Nikly

    Très intéressante interview de Tom Moorhouse, mais c’est dommage que le nom de la traductrice du livre n’apparaisse nulle part...
    Pour info, la traduction du "Chant de la Grande Rivière" a obtenu en 2013 la Bourse de Traduction de la Région Rhône Alpes.
    Vous l’aurez compris, c’est moi, et je travaille actuellement sur le deuxième volume, qui s’annonce aussi passionnant que le premier (et aussi difficile à traduire !).
    Sans rancune,
    Michelle Nikly

    Répondre à ce message

    • Interview de Tom Moorhouse 27 janvier 2014 10:47, par Laura

      Bonjour à vous et merci pour votre message, je modifie l’article en ce sens ! Vous avez tout autant de mérite que l’auteur ! Et bon courage pour la traduction.

      Bien à vous.

      Répondre à ce message


modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)

Tous les articles pour

Nord Pas-de-Calais Lorraine Alsace Franche-Comté Provence Alpes Côte d'Azur Languedoc Roussillon Champagne-Ardennes Picardie Haute-Normandie Ile de France Bourgogne Rhône-Alpes Auvergne Midi-Pyrénées Aquitaine Limousin Poitou-Charentes Centre Basse-Normandie Pays de Loire Bretagne Corse

Interview de Tom Moorhouse : Mes Premières Lectures