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Interview de Valérie Le Plouhinec
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Traduction Valérie Le Plouhinec
Pour les11 ans et +

La traductrice Valérie Le Plouhinec répond à nos questions et nous parle du métier de traducteur littéraire !

Bonjour Valérie, pourriez-vous nous présenter un peu votre parcours ? Car vous n’avez pas commencé directement par la traduction n’est-ce pas ?

En effet, je viens de "l’autre côté de la barrière" puisque j’ai été pendant quinze ans éditrice chez Albin Michel, où j’étais entrée à la fin de mes études de Lettres. Je m’occupais des beaux-livres, de divers livres illustrés et des projets complexes comme l’intégrale des Dictées de Pivot. J’en suis partie il y a sept ans, pour toutes sortes de raisons mais principalement parce ce qui m’intéressais le plus, c’était de travailler sur le texte, rien que le texte. La traduction, pour cela, est l’activité idéale !


Quelle était votre première traduction ? Quel souvenir en gardez-vous ?

 


J’ai cotraduit un livre terrifiant sur Les Armes secrètes de la CIA, qui fait froid dans le dos. Mais la première traduction que j’ai faite seule était un recueil d’articles sur la pop culture, Sexe, Drogues et Pop-Corn écrit par un hurluberlu américain, Chuck Klosterman (édité chez Naïve). J’en garde un souvenir euphorique : c’était plein de jeux de mots, de références, d’humour, de blagues, et je me souviens d’avoir travaillé très vite, portée par la joie de faire enfin ce que je voulais faire depuis longtemps - ce plaisir me confirmait que j’avais choisi la bonne voie avec cette reconversion… que je n’ai jamais regrettée une seconde.
 

Que pensez-vous du métier de traducteur aujourd’hui ? Du milieu ?

C’est un métier précaire, comme beaucoup de professions culturelles, dont les conditions d’exercice se dégradent de manière alarmante : l’enquête rémunération menée chaque année par l’ATLF (Association des traducteurs littéraires de France) montre bien que les tarifs n’ont guère augmenté depuis dix ans, et, avec l’augmentation des cotisations sociales et l’inflation, le niveau de vie des traducteurs en euros constants baisse chaque année. Beaucoup jettent l’éponge et renoncent même à cette profession qu’ils aiment pourtant, tout simplement parce qu’ils ne peuvent pas en vivre. Pour ma part, j’ai la chance d’enchaîner les traductions et donc d’en vivre bien, mais ce n’est pas le cas de tous.


Le milieu, en revanche, est remarquablement soudé et convivial. L’exercice de la traduction est solitaire au quotidien, mais grâce au travail de fond d’associations comme l’ATLF, Atlas, ou la SFT, les occasions de se rencontrer, d’échanger et de se fédérer entre confrères sont nombreuses. Que ce soit aux assises d’Arles, à la journée de Printemps à Paris, aux matinales de la SFT, aux assemblées générales, à l’ATLF (je fais partie du conseil d’administration) ou simplement sur le forum de l’ATLF, je rencontre sans cesse des gens nouveaux et intéressants - surtout des femmes, à vrai dire, car la profession est féminine à 75 %.

 Êtes-vous spécialisée en littérature jeunesse ou traduisez-vous d’autres genres ?

Quand j’étais chez Albin Michel, mon bureau se situait, pour des raisons pratiques, au sein du département jeunesse. Si bien que lorsque j’ai décidé de me lancer comme traductrice, j’étais familiarisée avec ce genre, et c’est là que se trouvaient mes principaux contacts : c’est ainsi que j’ai été amenée à traduire beaucoup de textes pour la jeunesse (pour Albin Michel, mais aussi Hélium, Les Grandes Personnes, Nathan…), un genre que j’apprécie beaucoup car il permet de beaucoup s’amuser, et que ces maisons qui m’ont confié des textes à traduire publient des auteurs qui s’adressent avec beaucoup d’intelligence aux jeunes lecteurs.

 

 

Mais je n’ai jamais cherché à me spécialiser, et j’aime beaucoup aussi traduire pour les adultes, ce que je fais de plus en plus en traduisant pour le Cherche-Midi et Super 8, la petite nouvelle de l’année parmi les maisons d’édition. Changer de spécialité n’est vraiment pas facile une fois qu’on est catalogué dans un genre, et je ne veux surtout pas m’enfermer dans une spécialité : ce que je veux, c’est traduire de bons textes !

Comment se passe le contact avec les éditeurs et les auteurs ? Echangez-vous beaucoup avec eux ?

Certaines de mes éditrices sont des amies proches, mais il m’arrive aussi de travailler pour des gens qui m’ont contactée par mail ou téléphone et que je n’ai jamais vus en chair et en os. Le fait d’avoir été moi-même éditrice est un avantage énorme dans mes relations avec mes donneurs d’ouvrage : je peux sans doute plus facilement que d’autres me mettre à leur place, je connais leur travail, leurs contraintes, leur point de vue - ce qui rend la communication assez efficace. Je sais aussi sur quoi me battre ou non, qu’il s’agisse du contrat, des délais ou des corrections sur les textes.


Quant aux auteurs, j’échange assez peu avec eux - je crois que j’ai besoin de m’approprier un peu leur texte pour faire une bonne traduction, et de ne pas trop les faire intervenir. Cela dit, je n’hésite pas à leur poser des questions par mail si besoin, mais cela arrive assez rarement. En revanche, c’est toujours un plaisir de les rencontrer lorsqu’ils viennent faire de la promo à Paris : j’ai passé beaucoup de temps en décembre dernier avec Susin Nielsen – qui est aussi sympa que ses livres le laissent penser –, Richard Harland aussi est adorable, et demain soir je vais rencontrer Meg Rosoff, dont j’ai traduit le dernier roman, à paraître à l’automne (Au bout du voyage, chez Albin Michel).

 



Y a-t-il un texte en particulier que vous voudriez traduire ? (Si des éditeurs nous lisent !)

Ah, j’ai un projet, une série de polars anglais que j’adore, mais chut ! Je suis en train de démarcher des éditeurs, et je ne veux pas me faire piquer l’idée !
 

Avez-vous des conseils pour les apprentis traducteurs qui nous lisent ?

J’aurais envie de donner surtout des conseils pragmatiques. Apprendre à taper vite, avec tous ses doigts : ça paraît idiot, mais ça fait gagner un temps fou, et on ne gagne bien sa vie dans ce métier que si on n’est pas trop lent. Surtout quand on débute, c’est ennuyeux de refuser trop de contrats par manque de temps : les éditeurs vous donnent une chance, pas deux. Il est donc impératif d’apprendre à être rapide. Et puis : être fiable, pour gagner la confiance de son éditeur. Par exemple, si vous voulez qu’on vous rappelle : ne jamais, jamais, jamais rendre un texte en retard.


Ne pas rester dans son coin : échanger avec des traducteurs plus expérimentés est toujours stimulant. S’abonner au blog ou à la page Facebook de l’ATLF permet d’être au courant de toutes les occasions de rencontres, colloques, assises, ateliers, festivals ; ne pas hésiter à s’inscrire à des ateliers de traduction, que ce soit au festival America, au festival VO-VF, pendant le Salon du livre de Paris. Ne pas hésiter non plus à demander conseil à l’ATLF avant de signer un contrat (permanence le jeudi après-midi, tous les renseignements sont sur le site atlf.org). Ce n’est pas pour faire une pub inconsidérée, mais cette association m’a vraiment beaucoup aidée à mes débuts, alors je tiens à en faire profiter aussi les autres !


Et enfin, si possible, tenter de décrocher un stage, ne serait-ce que de quelques semaines, dans une maison d’édition. Rien n’est plus formateur, à mon avis, que travailler sur les traductions des autres, assister à une réunion commerciale ou une réunion de représentants, voir un devis de livre, un planning. Bien comprendre la chaîne éditoriale est un vrai plus.
 

Merci beaucoup Valérie !

 Ici on vous recommande chaudement sa traduction de Susin Nielsen, Le journal malgré lui d’Henry K. Larsen. Valérie Le Plouhinec a également traduit la série du Worldshaker, Mamie Gangster, Madame Pamplemousse ou plus récemment le premier tome de Geek Girl de Holly Smale.

 

Pour plus d’idées de lecture n’hésitez pas à faire un tour sur son site  !

 

 


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