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Rentrée des éditeurs : les éditions MeMo et leurs Polynies !
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illustratrice Jeanne Macaigne
auteur Karen Hottois
auteur Nastasia Rugani
éditrice Chloé Mary
illustratrice Julia Woignier
EditeurMeMo
CollectionPolynies
TypeRoman

Nous avons demandé à plusieurs éditeurs de nous présenter leurs nouveautés de la rentrée !

Mes Premières Lectures : Merci de prendre la parole sur Mes Premières Lectures ! Pourriez-vous tout d’abord vous présenter ainsi que votre structure pour nos lecteurs ?

Chloé Mary : Mes Premières Lectures nous ont déjà accueillis cette année à la naissance des collections de romans Polynies, ce qui avait été l’occasion de présentations importantes, les premières ; une nouvelle fois, merci à vous pour ces portes ouvertes.

Je dirige les trois collections de romans illustrés, Petite Polynie (pour les lecteurs à partir de six ans), Polynie (dès neuf ans) et Grande Polynie (à partir de treize ans), au sein de cette maison de livres d’images que sont les éditions MeMo. Les territoires polyniens grandissent et s’enrichissent, et le premier roman destiné aux adolescents, Milly Vodović, va voir le jour en Grande Polynie en cette rentrée.

Mes Premières Lectures : Pouvez-vous nous présenter vos titres de la rentrée ?

Chloé Mary : Milly Vodović et Laurent le Flamboyant, les deux romans de l’automne à paraître le 20 septembre et le 18 octobre, sont écrits sans permission. Ils ont étrangement quelques points communs, comme le fait d’approcher ce que signifie grandir et d’être hantés par ce qui ne peut être abandonné. « Pour Milly, grandir est une abomination. Quitter l’enfance est impensable parce que c’est le lieu de tous les bonheurs : la liberté d’être qui l’on souhaite, de rêver fort et fou, de parler aux animaux, et d’être asexué », nous dit Nastasia Rugani, ce qui a pour écho les mots de Karen Hottois : « Il y a dans mon texte quelque chose de la mélancolie qu’il y a à quitter l’enfance, de la difficulté à grandir.  » Ainsi, à partir de ce passé qui ne passe pas, de cette confrontation à l’impossible, ils viennent inventer des formes nouvelles, par des glissements de terrains littéraires, et sont porteurs d’une insistance, d’une grande liberté intérieure, d’une rage pleine de dents. Ils font demeures, demeure de la mémoire et demeure du langage. Je les vois ainsi en tout cas, comme demeures où rester. Au cas où, comme le répète Marko, lui le gardien des gants perdus et père de Milly Vodović.

Milly Vodović de Nastasia Rugani a pour cadre le sud des Etats-Unis, une petite ville pauvre, étouffée de chaleur et de relents racistes, Birdtown. Dans une des maisons lasses des Plaines Rouges vit la famille Vodović qui a fui la guerre en Bosnie : Petra la mère, Deda le grand-père, Almaz le grand frère, Tarek un cousin et Milly, Milk pour les proches. Elle a douze ans, deux petits tas de chair inutiles et frileux dissimulés sous son tee-shirt, et sur la tête une couronne de papier confectionnée par son grand frère. Rien n’est amené à changer à Birdtown. Le bricolage de l’existence, les inscriptions racistes, des corps pendus aux arbres, la vie qui se traîne. Un jour, la ville se couvre de coccinelles, chair vivante posée sur les arbres, les toits des maisons, les mains ainsi gantées. Almaz, le grand frère, a été tué. Le roman prend la forme d’un roman d’enquêtes : Milly veut découvrir l’identité de l’assassin de son frère. Il ne peut être enterré sans cette révélation. Il ne peut être enterré. La mort est impossible, Mamaz est vivant. Alors le roman devient roman d’enquête existentielle au point du trouble, point comme un trou dans le cœur. Si au début Milly découvre un infini en elle, « être tout ; iris et baobab ; ninja ; grande découverte ; or et reine ; batteuse et idole ; ombre chinoise ; soie et papier ; lion et aventure », elle découvre l’infini des fantômes qui l’habitent, sa vie sous les dépouilles des morts, mais également l’infini des masques posés sur son corps endeuillé, orchestrés par une invention romanesque jouant éperdument du trompe-l’œil et de l’ambiguïté du réel. C’est miraculeux, c’est infernal, c’est intolérable, trouve-t-on au fil du roman, c’est ça. C’est précisément le mouvement de bascule entre le saisissement factuel, la lumière de l’apparaître, ce qui surgit, l’amitié qui surprend, la mort qui troue, et ce qui s’ouvre alors, ce qui est perdu, ce qui fait gouffre, la nouvelle apparence du monde à travers la densité opaque, mate, de la disparition, mais aussi le déplacement permanent des cloisons entre ce qui est arrivé ou non. Pour Milly, il faut rester dans la vie d’avant, même en un nulle part. Le pouls qui bat toujours, la vue brouillée par les larmes, la bouche pleine de mousse, le corps dans la casserole. C’est ça, et c’est ainsi que se lit ce roman.

S’ouvre ainsi un nouveau champ d’investigation, - car Milly Vodović est également un roman sur l’écriture de la mémoire, la création littéraire, les styles propres à une existence – le geste d’écriture, cette anamorphose qui dilate les corps et le temps, les au cas où, ce qui a, comme le lecteur pourra le découvrir, en cette folie de l’infini, la sonorité du chant d’un parmesan et toutes les variations de l’indicibilité.

Jeanne Macaigne qui est une compositrice d’images et de textes a proposé une couverture sous la forme bel(le) et bien d’une lettre hantée. Avec sa hauteur de vue, elle a donné formes à la nuit de Milly et à ses respirations.

De Laurent le Flamboyant de Karen Hottois, à paraître en Petite Polynie en octobre et illustré par Julia Woignier en des tableaux infiniment petits et infiniment grands clos par un final qui dévoile le sens caché de l’histoire, on pourrait dire qu’il s’agit de l’aventure du langage. Laurent le Outan vit avec sa très vieille maman en haut d’un tualang dans la jungle de Sumatra. Chaque jour, il répète les mêmes gestes, chaque jour il dépose au pied de son tualang une part de tarte aux litchis pour les petits enfants de Paris. Chaque jour, lui le vieil adulte, il attend que les petits enfants viennent jouer avec lui. Et ce qui arrive, c’est une petite fourmi, ogresse en nourriture et en amour, et une foule folle d’autres animaux qui vont le conduire vers un ailleurs écosmolitique. Laurent le Outan se risque dans le langage, de liane en liane, au-dessus du vide. Lui, le fou du rythme, il éructe, bégaie, inverse l’ordre des mots, crée de nouvelles sonorités, fait de la musique, auprès de sa mère. Il habite le langage. Il y est entré pour apprendre à vivre, survivre. Lentement est un adverbe qui revient fréquemment pour accompagner Laurent, mais c’est un lentement âpre et convulsif. Sa langue acrobatique et jaillissante, allègre, accompagne des histoires de rencontres réelles et fantasmées, des péripéties amicales, des festivités poétiques, des expéditions en slip léopard.

On y parle beaucoup, on y mange tout autant des croque-monsieur et croque-madame de papier découpés dans des livres, on s’y écrit des mots secrets sur des morceaux d’écorce rouge, lentement et infatigablement. Laurent met son rythme dans le monde jusqu’à l’exténuation. Folie que de vouloir croire entrevoir quoi, écrivait Beckett.

 



 

Mes Premières Lectures : Un petit mot ou teasing sur les nouveautés à venir pour la fin d’année ?

Chloé Mary : La fin d’année sera l’occasion de réunir les titres polyniens, de célébrer les six premiers titres parus et les premiers romans de janvier. Une belle inscription pour les auteurs et illustrateurs réunis ; notre première année. Il se passe à cet égard quelque chose, peut-être une idée, un sentiment, un courant d’air, une fin d’année éternelle (même si cette idée est elle-même angoissante), chose ou mouvement qui est assez particulier pour être souligné : les premiers titres sont souvent associés sur les tables des librairies, dans les articles et chroniques, dans les discours, comme une collection prise aux pieds de sa définition, comme les membres d’une famille, comme des citoyens. Certainement parce que, très différents, ils habitent néanmoins à leur manière la même portion escarpée, inconfortable – bien loin de ces zones de confort et d’inconfort qu’on nous assène -, où est interrogée une manière de vivre, sans forme attendue, sans répétition convenue, avec un grain laissé à la discrétion de chacun, une porte ouverte vers l’outrance ou le déraisonnable, l’insupportable de la tristesse, la joie éperdue, les droits de l’âme. Peut-être aussi forment-ils une même phrase, la partagent-ils sans baisser les bras ou se tenir à l’écart, contre l’indifférence, en guettant, en échangeant, en inventant, et laissent-ils entendre un ton particulier qui lutte contre un certain assourdissement.

Cette composition collective dans les discours et les actes intrigue et réjouit, en ces temps pour lesquels la subjectivité doit passer au tamis d’une grille normative, productive d’un exclusif sentiment de bien-être, neutralisée au point désormais de devenir « charge mentale », tout sauf nuancée ou obscure, ombrée et donc contestataire. Mandelstam déplorait que la production littéraire «  n’était rien d’autre que de la viande de chien qui, de toute façon, allait finir en saucisson ». Disons que nous tendons à ce que ça finisse autrement.

Alors, en cette fin d’année, le plaisir de la nouveauté sera de remercier celles et ceux qui auront écouté cette syntaxe de la petite phrase polynienne, et qui nous donnent l’envie de nous entêter.

"Milly Vodović" de Nastasia Rugani, figure parmi la sélection du Prix Vendredi 2018.


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